mardi, 30 septembre 2008

La ruine s'écoule sans écume

la ruine s'écoule sans écume.JPG

En ce matin d’écriture, je suis devant ma solitude et le miroitement m’offre un prétexte ! La surface verticale m’apporte quelques informations sur un état d’esprit ! Je regarde cette barbe naissante, cette verdure florissante. Elle couvre mon épiderme, exhibant ainsi un visage épuisé. Les ans accumulés s’intègrent parfaitement dans le décor de la pièce d’eau.
Les accessoires, usés par tant de frottements pendouillent… Un peu insurgés, comme en 1917, à l’Est, une mer noire, et tant de naufrages… Les récits historiques emprisonnent l’idéal. Maudite période, l’Europe pleurait de faim, l’Asie sortait sa torpeur, les aciéries forgeaient le drame. Deming tournait sa roue, nous en étions au développement ! C’était il y a bien longtemps ! Combien d’entre nous s’en souviennent ?
Ce matin je décide de ne pas utiliser les outils de nettoyage et reste un long moment devant mon reflet plat, sans relief, sans sonorité, sans écume… Ma plate existence, approchant de la cinquantaine, se souvient du commencement ! Car en toute chose il y a un commencement, une naissance, un point d’ancrage… Figé à tout jamais.
C’était une nuit, en octobre, en deux mille huit. Une crise boursière gémissait à l’Ouest. Sur le littoral Européen les lamentations automnales gonflaient les pages des éditorialistes faisant par là même fortune aux éditrices, aux fondations économistes ou des assises posées sur les bancs politiciens.
J’étais encore debout, quelques peu essoufflé, lorsqu’une interrogation, venant de nulle part, s’invita.
« Que deviendra l’eau des gouttières lorsque la ruine viendra ? »

Comment répondre ? Avec certitude, professionnalisme, pertinence ? Ma réponse devait-elle être technologique, scientifique, économique, environnementaliste ? Mais le plus important avais-je les outils pour façonner mes propos ? Je devais engager mon introspection… Violant ainsi mes chairs les plus vives, les plus chéries, distendant mes discrétions, libérant des secrets enfouis depuis l’an mille neuf cent quatre vingt trois, sur le pavé parisien, dans des cuillères tordues, mes torpeurs s’y baignaient, citronnant le fluide, un morceau de coton rendait le filtrage plus soyeux  ! Pourtant !!?
Donc j’entrepris de trouver, au-delà du phénomène, à l’extérieur du garage, un raisonnement sensé. J’allais vers un pan de terre puis commença ma besogne.

Sous le jour, les mains nues, j’extirpais d’une masse un terme. J’agissais à ma guise, comme une termite je creusais puis comme tout affamé j’absorbais les déjections, filtrant ainsi la matière résiduelle afin d’y prélever l’élément.
Je comblais un manque, un appétit longtemps inassouvi, inachevé… Je m’enfonçais dans la substance, m’éloignant de la surface sans aucun remord. J’y laissais un havre paisible, un jardinet fleurit, une dalle carrelée, des mouflets indépendants, une compagne belle comme une levée solaire.
Les regrets restaient en surface, immobilisés sur le fil barbelé de l’enclos. Dans l’opacité de mon œuvre de terrassement, ils ne pourraient m’aider ! Ils m’encombreraient… Alors les vêtements en lambeaux, surélevés aux crochets des ronces métalliques, ils desséchaient.
Je raclais la structure, défragmentant la paroi, ratissant, tranchant, écornant dans la nébuleuse ubiquité. Chaque molécule détachée patientait un instant dans l’espace clos, puis j’humais ceux-ci. J’exaltais des naseaux. L’assemblage moléculaire pénétrait en moi puis attaqué par mon acide gastrique les atomes déboutonnaient l’union. Je percevais leur impact sur mes viscères. Elles s’incrustaient dans les failles de mes galeries.
Qu’importe la démence ! Mon action était volontaire, gratuite, sans but… J’errais dans l’amas, absorbé par le magma, jamais brûlé, jamais certain, jamais conquérant… Toujours dessous, bravant l’indomptable. J’extirpais d’une masse un terme, les mains nues, sous le jour.

J’accompagnais pas à pas mon inspiration, qu’importe le chemin, qu’importe la faille, chaque pépite découverte était entreposée le long du tunnel. Je regardais derrière moi, j’entrevoyais les éléments convenants. Fabuleuse récolte. Je remonterais la bourriche garnie. Ce trésor, je ne pourrais le partager.
Œuvrant en solitaire je me souviens avoir entendu les recommandations de mes proches… Chacun prédisant un enfouissement dangereux et puis cette contamination ! Ce sous jour violé par une manifestation ancienne… Les vétérans déféquant habilement avaient organisé les menaces. Installant quelques méfaits, sans hasard ceux-ci attendaient l’imprudent, le non initié, l’immature, le générateur de rature, moi ! Pas après pas elle accompagne mon inspiration.

De plus en plus profond je me confondais avec l’opacité du site. J’approchais du but fixé et le silence devenait de plus en plus tenace. Un doux silence, feutré, adoucisseur. Puis je vis le premier élément, une émeraude, la première. Je ne pue retenir ma sensibilité, une larme dessinait un chemin charmant sur mes joues terreuses. J'effleurais ses formes et jouis comme jamais auparavant ! Un plaisir immense, éjaculateur, incontrôlable… J’avais le premier élément en ma possession… Profondément protégé par une épaisse couverture de terroir, je tenais ce matériau proche de mon cœur. Qu’importe les autres, celui-ci devenait ma raison d’être. Si petit, si solitaire, si nécessaire, atomique et malgré cela immense. J’avais en ma coupelle un atome d’hydrogène. Un trésor somptueux de plus en plus profond.

Poursuivant mon grattage je tombais bientôt sur un autre élément, tout aussi beau, tout aussi agréable à recueillir, lui aussi atomique. Je ne pue retenir une deuxième jouissance. Sous le jour mon éjaculation devenait pur, non souillée, non honteuse… Ce deuxième élément vint illuminer ma raison, et m’invitait à poursuivre ma quête J’avais en ma coupelle un atome d’hydrogène puis un autre d’oxygène, un duo fantastique, dessinant une droite incommensurablement rectiligne. Ho quelle justesse à proximité de ma soif, aux frontières d’un événement majestueux, bien éloignée des royaumes, bien protégée sous une couverture de fondement, je tombais le grattage en poursuivant.

Descendant d’un cran, mes doigts touchaient une forme, un troisième ! Ma main tremblait, mon cerveau ne pouvait tous maîtriser, je n’étais qu’un homme, osant la bravoure, je prélevais ce troisième élément. Aussitôt sans comprendre, sans y réfléchir, sans le souhaiter, je jouis une nouvelle fois, d’une intensité enfantine. Comme si cette jouissance était la première. Je mis ce troisième élément dans la coupelle. Ce dernier perturba la liaison des deux premiers, offrant ainsi un prétexte modificateur ! Une triangulaire prenait forme dans le tréfonds du sous jour. Un assemblage unique, fondateur, énergétique. Le troisième atome d’hydrogène prit union avec chaque atome précédemment prélevé. Des trois atomes une forme moléculaire naissait. Puis un flot surgit du trépas… Projetant mon corps au-delà du sous jour, vers un banc. Je venais de naître, mes doigts d’un cran descendant.

samedi, 27 septembre 2008

Témoin

témoin.JPG

 

A l'orée de l'automne,
Sur un tapis sans pomme.
L’écume essuie ses lames
Et vogue le vague à l’âme

 

 

A l’orée de l’automne être témoin n’est pas chose aisée… Il faut de la patience, de la pertinence et de l’inconscience. Sa vision doit être affutée alertée, sans être alarmée. Puis il faut l’avouer le hasard doit sourire, de l’opportunisme doit surgir, la sélectionner doit intervenir… Choisir est le duo idéal… Cette paire de syllabes, dans la neutralité, dans la transparence, chemine sur une liste. Invocation de lexique, les mots désignés sortent du rang, puis le façonneur les attachent les uns aux autres. « Terminé messieurs les lampistes vous voici devenu une troupe, un groupe et qu’importe la noirceur du lieu… Vous devez éclairer d’un accord commun le tribunal ».

 

Sur un tapis sans pomme, le rondouillard témoin roupille raturant le silence de quelques ronflements. Le ventre distendu dessine dans l’espace une colline instable. Le nombril par moment dévoile son orifice. Le bipède digère la découverte. Il s’est assoupi avec, bloqué par les plis du déjeuné, un témoignage finement acheminé. « J’dirais tous ! Valait pas commencer. » C’était-il dit en mâchouillant une portion de barbaque sanguinolente. La friture avait fini le remplissage viscéral de l’animal de race humaine.

 

L’écume essuie ses lames, épuisée, sans reflet, elle revient du large. Après la besogne l’étale sur les récifs à triste mine… La barbe des minéraux verdit et la sueur perle le long des faces coupantes des éléments. Sur sa pelouse des graviers dispersent une éventuelle menace ! « Vas-tu me cueillir ? » Le témoin est un cueilleur d’instantanés et ses paniers sont pleins d’aliments pouvant chacun déceler une menace.

 

Et vogue le vague à l’âme, ses voiles frappées par le souffle d’un non retour frétillent de la cordelière. Les manilles et autres accessoires marins fracassent le mat ! La chaloupe, d’un roulis à un autre s’éloigne du décor. Son voyage, réduit à quelques pas d’apparence stable, la conduit devant un édifice de fin de parcours… Le témoin après la digestion est debout… Il vérifie la sentence. Puis après avoir validé par une signature, il quitte l’évènement… La rature tombe bien guidée.

Etre témoin n’est pas chose aisée !!?

 

Bien à vous
Plip Gouttereau

mardi, 16 septembre 2008

Barbouillé et inexplicable

Une eau, d’une transparence sans faille et d’une fluidité lucide, s’écoulait de la ceinture du toit et venait combler le creux de ma main. Chaque goutte me fournissait un picotement agréable, une douceur fraîche venant de si loin. L’orage s’était noyé dans le caniveau ses restes s’inséraient dans la terre du jardinet de la demeure familiale. Deux heures de tapage et de brisure, deux heures de rage et maintenant le calme… Les nimbostratus oubliaient les tiges d’un vert olive, ils fonçaient vers l’intérieur.
L’été ?
Foutu été…
Ma mémoire ?
Quel souvenir de cet été de misère ? Quelle image devait-être protégée ? Du superflu ? Peut être un instant… L’orage fut ainsi : inexplicable comme les réflexions qui chuintaient dans l’espace réservé de ma boite crânienne. Malgré toute la précaution que je m’étais en application, le liquide fuyait entre mes doigts et perlaient sur le sol, vivement avalé par la fissure du sol. Rien ne pouvait rester en moi ! Tout s’échappait… Tout sauf l’inconcevable ! Ces multiples formes qui dévoraient mes intimes soies. J’aurais pu rester immobile mais un sifflet me tira de cette posture. Je ne pouvais perdurer dans ce décor, je devais franchir l’inabordable… rejoindre la cuisine par la baie vitrée aux trainées de doigts. Marchant mièvrement d’une flaque à une autre je redevenais enfant, et me souvins des jeux de marelle. Sautillant dans les alvéoles boueuses je parvins dans un état lamentable… Chaussettes, pantalon, polo ! Imbibées, souillé, trempé… Tel un garnement mon costume était dans un pitre état. Qu’importe les que dira t’on ? Ce jour là j’avais retrouvé mes jeunes années oubliant pour un instant le tracas de la vie adulte. Je n’avais plus de femme, plus d’enfant… Libre ! Barbouillé mais incontrôlable. La voisine moqueuse épiait mes gestes, je mis à nu mon corps vieillissant, je savais quel mirait sur mes charmes masculins… Même si tout devenait pâteux avec une absence certaine de muscle, je savais qu’elle aurait bien aimé un moment à deux… Sa solitude rendait plus attrayant mon enveloppe. Deux trois heures auraient été pour elle un enchantement. Je savais que me voyant nu ses yeux n’auraient qu’un seul objectif… Allumer ses souvenirs. Devant la baie j’abandonnai mes vêtements et atteignis la cuisine accompagné par les recommandations de mon épouse… Par moment j’appréciais d’aller au-delà de sa perception des choses… Entrer dans un décor qu’elle ne pouvait concevoir et suivre un scénario dont chaque moment était pour elle une absurdité. Elle ne riait pas, trouvant ridicule mon attitude, irresponsable finissait-elle par évoquer… J’étais irresponsable ! Son état m’amusais, je finissais souvent le repas seul, fatiguée de mon comportement elle préférait quitter la cuisine et fuyait mes jeux.

L’orage était ainsi…

Inexplicable.

 

Plip Gouttereau

Toutes les notes